vendredi 20 avril 2012

Pont Notre-Dame


Le pont Notre-Dame est un pont situé à Paris et traversant le grand bras de la Seine, reliant le quai de Gesvres au quai de la Corse sur l'île de la Cité. Construit en 1853, lors des transformations haussmanniennes, il mesure 106 m de longueur pour une largeur de 20 m, ses cinq arches initiales ayant été réduites à trois en1912, dont une arche centrale métallique de 60 m. Il occupe l'emplacement de l'un des tout premiers ponts de la capitale : le Grand-Pont, remplacé par les planches de Milbray puis deux répliques du pont Notre-Dame, l'une en bois, l'autre en pierre.


Situation
Ce site est desservi par la station de métro Pont Marie. Il est situé au niveau de l'Hôtel-Dieu et du marché aux fleurs, qu'il relie à la rive droite. Dans l'axe du pont, au sud de la rue de la Cité, le Petit-Pont relie l'île à la rive gauche.

Vue d'ensemble.

Histoire

C'est à sa place que l'un des deux premiers ponts de Paris, appelé Grand-Pont, franchissait la Seine sur son grand bras dès l'Antiquité, dans le prolongement du Petit-Pont et sur l'axe du cardo maximus.

Le cardo maximus de Paris était l'axe nord-sud qui descendait de la montagne Sainte-Geneviève par la rue Saint-Jacques, bordé d'une série de bâtiments antiques étagés parmi lesquels, au bas de la colline, les thermes de Cluny. Le cardo maximus traversait ensuite la Seine puis l'île de la Cité par la rue de la Cité, enfin empruntait la rue Saint-Martin.
En 886, le siège de Paris et les attaques normandes le condamnent, et il est remplacé par un pont de planches jeté sur les anciennes piles de bois auxquelles sont fixés des moulins à grains1 : les Planches de Milbray2, qui tiendront jusqu'aux inondations de 1406. Le toponyme Milbray provient vraisemblablement de la contraction de emmi le brai, signifiant « au milieu du marais », pour indiquer que l'on retirait ces planches de bois jusqu'au milieu du fleuve dans sa partie marécageuse, afin de protéger l'accès à l'île de la Cité3,4.

Le pont Notre-Dame en 1576, gravure de Jacques Androuet du Cerceau.

Derrière le pont d'Arcole, la version à 5 arches

Début du xxe siècle
Le 30 mai 1413Charles VI baptise le nouveau pont de Notre-Dame, un solide ouvrage de bois reliant l'île de la Cité à la rue Saint-Martin sur dix-sept rangées de piles et dont les travaux s'achèvent en 1421. La municipalité avait reçu l'autorisation de bâtir sur ce pont de 354 pieds de long5 par 90 de large : on construira jusqu'à soixante-cinq maisons réparties de chaque côté avec, à leur pied, de riches boutiques4, dont plusieurs librairies et armureries qui faisaient la réputation du pont1. Plusieurs moulins sont aussi installés sur les piles. Les revenus que la Ville prélève sur les maisons ne sont cependant pas utilisés pour pourvoir à son entretien.
Le pont s'effondrera le 25 octobre 1499 lors d'une crue de la Seine2. Tenus pour responsables d'avoir négligé les avertissement sur l'état de délabrement du pont, le prévôt des marchands, Jacques Piédefer, et quatre échevins sont emprisonnés avant d'être condamnés à de lourdes amendes de dédommagement et remplacés6. En 1500, on décide alors de le reconstruire en pierre de taille, en le dotant de six grandes arches de six-sept mètres d'ouverture7, sous la direction de l'architecte Jean Joconde, qui avait déjà restauré le Petit-Pont, et du maître d'œuvre en maçonnerie Didier Felin. Unoctroi spécial levé pendant six ans sur le poisson, le bétail et le sel aide à son financement7. Un bac provisoire est installé sur le fleuve.
L'ouvrage, terminé en 1507, sera encore surplombé de demeures et de boutiques et deviendra vite un endroit commerçant très fréquenté et prestigieux : François Ier y fait son entrée triomphale dans Paris en 15157. Ces soixante et une habitations8 de six étages sont les premières dotées d'un numéro à Paris. On les a aussi ornées de grands termes d'hommes et de femmes et de portraits de rois et, aux quatre extrémités, on a placé des niches avec des statues royales4,9. On a gravé sur une des arches ce distique de Sannazar, en l'honneur de l'architecte :
Jucundus geminum posuit tibi, Sequana, pontem ;
Hunc tu jure potes dicere Pontificem10.
En 1659, le pont est remis en état et redécoré pour honorer l'arrivée à Paris de la fille du roi d'EspagnePhilippe IVMarie-Thérèse d'Autriche, qui devient alors reine de France et de Navarre en épousantLouis XIV, conformément au traité des Pyrénées. Les boutiques sont alors presque toutes occupées par des marchands d'art1 : Watteau en fait une représentation dans son tableau « L'Enseigne de Gersaint ». En 1763, par lettres patentes du roi, on doit détruire les habitations devenues insalubres qui le surmontent, ce qui ne sera finalement réalisé qu'en 1786. Dans le cadre de la déchristianisation, le pont sera renommé pont de la Raison durant la Révolution française3.
Le pont qui lui succède en 1853 sur les mêmes fondations est construit en maçonnerie d'après les projets de Lagalisserie et Darcel, dans la lignée des transformations haussmanniennes et suite à la décision d'abaisser le niveau de la rue Saint-Martin1. Il n'a que cinq arches de17 m à 19 m d'ouverture, son tablier est abaissé de 2,7 m et ses piles sont ornées de chaque côté d'une tête de bélier. Suite à de nombreux accidents fluviaux qui y ont lieu (pas moins de 35 entre 1891 et 1910), il se voit baptiser le pont du Diable. C'est donc pour faciliter le passage des bateaux et l'écoulement du fleuve qu'on remplace les trois arches du milieu par une arche métallique unique. C'est ce nouvel ouvrage, réalisé par Jean Résal, déjà concepteur du pont Mirabeau et du pont Alexandre-III, et l'entreprise Daydé & Pillé, inauguré en 1919par Raymond Poincaréprésident de la République, qui est encore en place de nos jours.

La pompe Notre-Dame[modifier]


La pompe en 1857
Paris a toujours manqué d'eau dans le passé. En 1670, Daniel Jolly, directeur de la pompe de la Samaritaine, proposa au corps municipal d’établir, près du pont Notre-Dame, un appareil semblable à celui dont l’administration lui était confiée, lui offrant d’élever, au prix de 20 000 livres, 30 à 40 pouces d’eau de la Seine à 80 pieds au-dessus du niveau de cette rivière, soit environ 400 litres par minute. Sa proposition fut acceptée par arrêté du26 avril 1671. On transforma alors les deux moulins à blé qui avaient été établis au début duxvie siècle sous les troisième et quatrième arches du pont1.
Un projet analogue fut soumis à la même époque au conseil par Jacques Demance qui proposait, pour une somme de 40 000 livres d'élever 55 pouces d’eau au moyen d’une nouvelle machine hydraulique. Ses offres furent accueillies avec la même faveur11.
Les deux ingénieurs se mirent à l’œuvre simultanément. Le résultat de leur travail fut de livrer à la consommation parisienne un volume supplémentaire de 80 pouces d’eau. Un nouveau réseau de conduites assurait la distribution de ces eaux vers des fontaines en création. Les pompes, actionnées par deux roues à aube, étaient placées sur un échafaudage et furent renfermées dans un pavillon dont la porte d'ordre ionique, dessinée par Pierre Bullet, attira surtout les regards des artistes et des lettrés. Cette porte, ornée de deux bas-reliefs, chef-d’œuvre de Jean Goujon, et débris d’un édifice antérieur, portait au-dessous d’un médaillon de Louis XV une inscription en vers latins du poète Santeul. Elle fut traduite en vers français parPierre Corneille12.
Sur les autres projets Wikimedia :
« Que le dieu de la Seine a d'amour pour Paris !
Dès qu'il peut en baiser les rivages chéris,
De ses flots suspendus la descente plus douce
Laisse douter aux yeux s'il avance ou rebrousse :
Lui-même à son canal il dérobe ses eaux,
Qu'il y fait rejaillir par de secrètes veines,
Et le plaisir qu'il prend à voir des lieux si beaux,
De grand fleuve qu'il est, le transforme en fontaines. »
Ces pompes furent réparées à différentes époques et notamment en 16781708 et 1795, avec un succès chaque fois mitigé, l'eau ne cessant de manquer dans Paris. La première pompe cessa de fonctionner en 1786. La seconde pompe continua, en application d'un décret impérial du 2 mai 1806, d'alimenter vingt-neuf fontaines13 :
  • la fontaine Maubuée ;
  • la fontaine Sainte-Avoie ;
  • la fontaine Saint-Leu ;
  • la fontaine Grenetat ;
  • la fontaine Saint-Denis ;
  • la fontaine Saint-Martin ;
  • la fontaine Saint-Côme ;
  • la fontaine Saint-Séverin ;
  • la fontaine Saint-Benoît ;
  • la fontaine Sainte-Anne ;
Arrêtée en 1858, elle fut démolie en 186114.

Art[modifier]

  • C'est en 1756, alors que le pont est en plein apogée commerçant, que Nicolas Raguenet réalise son tableau « La joute de mariniers entre le pont Notre-Dame et le Pont-au-Change », grâce auquel on prend conscience des imposantes bâtisses qui occupaient le pont.
  • En 1856, le peintre Charles Meryon réalise son tableau «L'Arche du pont Notre-Dame».

Raguenet, La joute des mariniers-2 denoised.jpgAntoine Watteau 047.jpg
La joute des mariniers
Nicolas Raguenet
L'Enseigne de Gersaint
Antoine Watteau



Contributeurs à Wikipedia, 'Pont Notre-Dame', Wikipédia, l'encyclopédie libre, 3 février 2012, 09:30 UTC, <http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Pont_Notre-Dame&oldid=75083876> [Page consultée le 20 avril 2012]




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